« Tu crois que s'il était possible d'oublier une chose dans sa totalité, de la rayer de sa mémoire, de son cerveau, de l'effacer jusqu'à la racine, d'en gommer l'empreinte sur son âme, tu le ferais ? »
- Et pourquoi pas ? A quoi nous servent les souvenirs douloureux, la mémoire des souffrances et des échecs, sinon à s'apitoyer sur soi-même ?
- Tu crois que s'il était possible de ne plus jamais verser une larme, quelle qu'en soit la raison, s'il était possible d'assécher ses réserves de larmes pour l'éternité, de les transformer en désert aride et brulant, tu le ferais ?
- Sans hésiter. A quoi nous servent les larmes ? Ne me parles pas d'apaisement s'il te plait, ce n'est qu'une chimère. Les larmes n'apaisent pas. »
« Et tu penses que tu es apaisée ainsi ? Enfermée dans ta tour de glace, emprisonnée derrière ton refus de pleurer, derrière ton refus de te laisser aller ne serait-ce qu'une seconde, es-tu heureuse ?
- Qu'est-ce que le bonheur ?
- Tout le monde sait ce qu'est le bonheur ! C'est un sentiment de bien-être, de joie...
- Et lorsque tu pleures donc, tu es heureuse ? Non, je ne crois pas. L'équation est simple, toi tu pleures, et tu es toujours malheureuse. Moi je ne pleure pas, et je suis toujours malheureuse, mais avec ma dignité en plus. »
« A quoi te sert cette dignité que tu brandis comme un étendard ? T'empêche-t-elle de souffrir, de haïr, d'échouer ?
- Non, c'est comme tes larmes à toi, elle ne me sert à rien. Mais j'en ai besoin, car sans elle je ne suis plus personne. Elle me définit depuis toujours, c'est par elle, et pour elle que je triomphe, que je franchis les obstacles sans jamais reculer, que je réussis. Il me fallait une raison de me battre, quelque chose qui justifie mon existence, je ne l'ai trouvé nulle part, sauf en elle.
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